Les instruments du tango

 

La vie aussi est un bandonéon.
Certains soutiennent que Dieu en joue,
Mais moi je suis sûr que c’est Troilo.
(Mario Benedetti)

 

 

L’orchestre typique du tango (orquesta típica) est composé de quatre instruments, bandonéon, violon, piano, contrebasse. Mais de nombreux autres ont été employés, dès le début et au fil du temps.

 


Orquesta típica - Les autres instruments


 

Bandonéon

bandonéonC’est l’instrument roi, représentatif, archétypique même, du genre, à tel point que tout ce qui est joué au  bandonéon paraît être tango. Pourtant il n’est pas là aux origines.

C’est un petit accordéon carré, dont le soufflet est si long qu’il est renforcé de deux cadres de bois et qu’on en joue assis en le posant sur ses genoux. Il appartient à la famille des instruments à anches libres. Contrairement à l’accordéon, son clavier ne comporte aucun accord préparé, chacune des 71 touches ne commande l’émission que d’une seule note à la fois. Son registre approche six octaves et les bandonéons utilisés dans le tango sont bi-sonores, c’est-à-dire que la même touche ne produit pas la même note selon que l’on ouvre ou que l’on ferme le soufflet.

Il fut mis au point au milieu du xixe siècle par les Allemands Heinrich Band (d’où son nom) et Carl Friedrich Zimmermann. C’est en quelque sorte un petit harmonium/orgue. Il était destiné à jouer les hymnes religieuses et le folklore d’Europe centrale, ce qui explique la disposition inhabituelle de ses touches. Les instruments des frères Arnold, Ernest Louis (ELA), et surtout Alfred (AA - Doble A) sont la référence dans le tango.

Le bandonéon arrive au Río de la Plata au début des années 1870, probablement dans les bagages des marins allemands (mais il existe d’autres versions plus ou moins légendaires comme celle de l’échange de son instrument contre une bouteille de whisky par un marin irlandais). Il met néanmoins longtemps à s’imposer sur les rives du Río de la Plata. Ce n’est qu’à partir des années 1900 qu’il devient essentiel dans les orchestres de tango, dont il ralentit la cadence et rend la musique plus mélancolique. Avec l’instrument, le tango passe du stacatto au legato. Le bandonéon apporte de plus une touche tout à fait originale à cette nouvelle forme musicale, car il n’a pas d’histoire, contrairement au piano ou au violon. Il n’a ni maître, ni méthode, ni répertoire ; tout est à créer.

Le bandonéon, comme tous les instruments dans le tango, remplit plusieurs fonctions : soutien rythmique en combinaison avec le piano et la contrebasse, soliste, instrument du contrechant, etc. Il fournit également de nombreux effets sonores : raspados (le clavier est gratté avec les doigts), silbidos (frottement des doigts sur le bois de l’instrument), golpes de caja (percussions sur la caisse de l’instrument).

Plusieurs morceaux mettent en valeur son rôle : Quejas de Bandoneón de Juan de Dios Filiberto, Che Bandoneón ! d’Aníbal Troilo ou Tristezas de un doble A d’Astor Piazzolla. Les deux derniers sont des bandonéonistes essentiels ; Domingo Santa Cruz (1884-1931), Eduardo Arolas, Vicente Greco, Juan Maglio, Pedro Laurenz, Pedro Maffia, Ciriaco Ortiz (1905-1970), Leopoldo Federico (1927-2014), Rodolfo Mederos (1940-) également.

« Le bandonéon, il faut en jouer avec un peu de rage, de violence. Il faut le frapper, lui donner des coups, tout exiger de lui. Il faut en jouer avec tout ce qu’on a dans les tripes. On ne peut pas en jouer comme d’un clavecin ; il faut employer une autre sorte de force, c’est quelque chose de plus physique. Comme dit le gros [Leopoldo] Federico, il faut en jouer avec tout le poids de son corps. » (Astor Piazzolla)

 

Violon

L’instrument central dès les origines, il permet ensuite aux musiciens ashkenaze et napolitains d’importer leurs émotions dans le cadre du tango. Détrôné par le bandonéon, il reste néanmoins essentiel : il est le seul instrument toujours présent, du début à nos jours. Selon certains il est l’instrument caractéristique, plus que le bandonéon. Et il est vrai que dans certains orchestres, comme celui de Carlos di Sarli, le bandonéon est peu important. Le violon, par ses capacités expressives, apporte beaucoup au tango.

Mais l’inverse est également vrai : de nombreuses techniques de jeu naissent dans les milongas : ornementations, percussions sur les cordes (tacos de arco) ou sur la caisse, glissandos fouettés, pizzicati derrière ou au-dessus du chevalet, grattements et frottements. Le violon remplit les mêmes fonctions que le bandonéon, mais c’est d’abord un instrument soliste. Quelques violonistes célèbres : Julio de Caro, Francisco Canaro, Juan d’Arienzo, Elvino Vardaro (1905-1971), Hugo Baralis (1914-2002), Fernando Suárez Paz (« El Negro Suárez Paz », 1941-2020).

 

Contrebasse

Elle apparaît dans le tango au milieu des années 1910, introduite par Roberto Firpo et Francisco Canaro. Elle est jouée aussi bien à l’archet qu’en pizzicato. Son rôle essentiel est le soutien rythmique où elle double le piano, donnant « la touche rythmique ancestrale africaine » (Juan Carlos Cáceres), de même que dans les contrechants et les ponts harmoniques. Elle est aussi grande fournisseuse d’effets sonores, rappelant les origines africaines du tango : golpes de caja (percussions sur la caisse de résonance ou sur les côtés), strapatta (coups produits avec l’archet sur les cordes), silbidos, latigos. Citons Leopoldo « El Negro » Thompson (1899-1925) qui inventa les effets de percussion qui rappellent les origines africaines du tango, Rafael Canaro (1890-1972), Anecito Rossi (1898-1971), Enrique « Kicho » Díaz (1918-1992), Héctor Console (1939-), Ignacio Varchausky (1976-).

 

Piano

Présent dès les origines comme instrument soliste ou de servant à composer (El Entrerriano, premier tango répertorié, fut composé en 1897 par un pianiste, Rosendo Mendizabal), il ne devient un élément stable des sextetos típicos que dans les années 1900 (deux violons, deux bandonéons, une contrebasse et un piano). Il est porteur de soutien rythmique pendant les tutti, mais son rôle devient plus harmonique durant les solos. Parmi les pianistes principaux, citons Roberto Firpo, Carlos di Sarli, Osvaldo Pugliese, Rodolofo Biagi, Horacio Salgán.

Julien Blondel du collectif Roulotte Tango au Festival Saintétango

 

Percussions, batterie

Les percussions étaient utilisées aux origines du tango. Elles disparaissent dès le début du XXe siècle. Pourtant certains orchestres comme ceux de Francisco Canaro, Osvaldo Fresedo, Sebastián Piana, Alberto Castillo, Romeo Gavioli (chanteur et violoniste uruguayen, 1913-1957) continuent à les utiliser. Piazzolla les fixera définitivement dans l’orchestre de tango. Il existe de plus de nombreux « ersatz », les coups frappés sur le bois des instruments et les divers autres éléments qui vont dans le même sens. Mais même là où elles ne sont pas réellement présentes, elles sont comme intégrées dans le rythme même du tango, et c’est sur leur fantôme que marchent les tangueros.

 

Orgue de Barbarie

Bien qu’il fasse partie du folklore du tango (El Último Organito, Organito de la Tarde), cet instrument a quasiment disparu dès la formation de l’orquesta típica. La chanteuse contemporaine Haydée Alba s’accompagne volontiers à l’orgue de Barbarie (disque L’Époque tango).

 

Violoncelle

Il n’est utilisé que depuis les années 40, mais n’a cessé de gagner ses lettres de noblesse dans tous les orchestres importants. Le maître de l’instrument est José Bragato, du Teatro Colón, qui jouera entre autres avec Piazzolla.

 

Guitare

Présente dès les origines, elle s’effacera parfois mais ne disparaîtra jamais vraiment. Elle accompagne les chanteurs comme Carlos Gardel, Charlo, Nelly Omar. Elle est devenue électrique avec Piazzolla.

 

Harpe, accordéon, concertina, mandoline

Ces instruments, très utilisés au début, sont devenus rares dès le début du xxe siècle. Il est d’ailleurs remarquable que la mandoline, instrument emblématique de Naples dont sont originaires tant d’immigrants et de musiciens, ait une part si congrue dans le tango.

 

Flûte

Traversière, en métal, présente et essentielle aux origines, elle disparaît, poussée hors des orquestas par le bandonéon. Elle revient dans les années 60.

 

Clarinette

Elle est essentiellement présente dans le tango yiddish, où elle joue souvent la partie du violon, voire celle du bandonéon.

 

Cuivres

Au début la musique de tango pouvait être jouée par des fanfares, comme celle de la municipalité de Buenos Aires, celle de la Police de la même ville, voire de la Garde républicaine française, et bien d’autres moins officielles. Mais les cuivres disparaissent à peu près totalement entre 1920 et 1970, leur non-usage ayant pour fonction de construire une atmosphère intime, chaude et sensuelle, sans stridences. Comme leur nom l’indique, los Tubatango recréent une fanfare dans les années 60. Gato Barbieri (saxophoniste, 1932-2016) et Piazzolla réintroduisent les cuivres au cours de la décennie suivante.

 

Harmonica

Assez rare dans le tango, cet autre instrument à anches libres est représenté essentiellement, mais avec quel génie, par Hugo Díaz.

 

Synthétiseur

Piazzolla l’introduit dans le tango.

 

Beltango QuintetoBeltango Quinteto au Festival SaintéTango

 

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